« Nous comptons, à date, 143 signataires », Roberto Frassine & Raphaël Pleynet, ECCA
En mars dernier, sur le salon JEC World, l’association européenne de l’industrie des composites (EuCIA), lançait, en partenariat avec JEC, l’Alliance européenne des composites circulaires (ECCA). Cette alliance vise à faire progresser l’économie circulaire des matériaux composites en Europe, démontrer leur rôle essentiel pour atteindre les objectifs de décarbonation visés et permettre d’établir des normes depuis leur conception jusqu’à leur fin de vie. Le point sur les avancées de l’ECCA avec les président et directeur général d’EuCIA, Roberto Frassine et Raphaël Pleynet.
JEC Composites : Comment est née l’ECCA ?
Roberto Frassine et Raphaël Pleynet : Le 4 mars 2025, lors du salon JEC World, EuCIA a lancé l’initiative de l’Alliance européenne des composites circulaires (ECCA) inspirée par la CPA (Circular Plastic Alliance crée à l’initiative de la Commission Européenne). Cette dernière avait produit de très bons résultats dans le recyclage entre 2018 et 2023. EuCIA étant membre de la CPA, nous avons constaté l’efficacité de cette démarche en termes de résultats, qu’il s’agisse de la règlementation, des normes ou la mise en route de nouvelles chaines de valeurs en Europe. Nous en avons donc conclu qu’il nous fallait envisager le même schéma pour les matériaux composites et que nous devions nous regrouper au sein de la profession pour parvenir aux mêmes effets.
L’objectif de notre alliance est d’améliorer la circularité des matériaux composites. Nous souhaitons donc avant tout rassembler l’ensemble de la filière afin de démontrer que le composite est recyclable et surtout recyclé. Il faut néanmoins que nous parvenions au bon compromis, afin que le résultat apporte un plus à l’ensemble de la chaîne de valeur
Le marché européen de l’industrie des composites représente 10 milliards de chiffre d’affaires en 2024 et 200 000 emplois directs. Soit environ 20 % du marché mondial en valeur.
Nous œuvrons pour que l’ECCA soit composée du plus grand nombre et notamment d’industriels car nous savons que ce sont eux qui composent aujourd’hui les standards et vont les utiliser plus tard. Nous nous devons donc d’être vraiment proactifs. Nous y sommes, entre autres, aidés par le fait qu’en termes d’innovation, l’Europe est très bien positionnée et rassemble de nombreuses cellules de R&D de pointe, très en avance sur les aspects de durabilité.
Y a-t-il déjà des objectifs chiffrés en termes de recyclage ?
Nous estimons qu’en 2025, environ 230 000 tonnes de déchets composites sont générées et accessibles en Europe. Actuellement, nous n’en recyclons que 5 à 10 tonnes. Nous n’avons pas fixé de chiffre pour l’instant mais si demain, nous n’en recyclons que 50 000 tonnes, ce sera déjà un progrès.
Les avantages de la décarbonation des composites doivent être complétés par leur recyclabilité. Il existe déjà des solutions de recyclage. Parfois les déchets sont faciles à localiser mais, d’autres fois, c’est bien plus difficile. Nous avons néanmoins déjà fait quelques estimations pour nous permettre de nous repérer. L’ECCA doit par ailleurs identifier les différents freins à une meilleure recyclabilité, afin d’évaluer les solutions possibles à mettre en place sans créer de contraintes supplémentaires pour les industriels. Nous représentons, à travers nos associations nationales, 85% de la capacité de production des composites en Europe.
Que se passe-t-il lorsqu’une entreprise signe la charte de l’ECCA ?
Lorsqu’il signe la charte, le signataire devient membre de l’Alliance. Le temps estimé à consacrer à l’Alliance est d’environ 5 jours par an mais cela variera en fonction des desiderata de chaque participant. Nous souhaitons pouvoir représenter toute la chaîne de valeur. Concrètement, nous diviserons notre organisation par groupes de travail, cinq au total, par marché.
Nous comptons, à date, 143 signataires avec des fabricants de matière première, des transformateurs, des fabricants de pièces et de produits finis comme les bateaux, de recycleurs et des démanteleurs.
Les signataires récents ont pu participer le 3 juillet à 11h avec tous les membres de l’ECCA, à une réunion plénière en présence de Mme Laure Baillargeon, (policy officer au sein de la Direction générale du marché intérieur, de l’industrie, de l’entrepreneuriat et des PME de la commission européenne (DG GROW). Basés sur son expérience de la Circular Plastics Alliance, ses conseils ont été très utiles pour concevoir l’ECCA.
Elle a expliqué pourquoi notre alliance est utile pour le législateur afin d’écouter les besoins de nos industries mais aussi pour comprendre le rôle essentiels des matériaux composites pour la société.
Cette semaine, nous avons par ailleurs conclu une étape importante de lancement de l’ECCA avec les réunions des cinq groupes de travail, les élections des président et vice-président (Chair et Vice Chair) et le lancement d’un plan de travail jusqu’à la fin 2025.
Quelle sont les nationalités des signataires et quel est le top 3 des nationalités ?
Nous avons une très bonne représentation des pays européens au sein de ECCA avec 17 nations représentées à ce jour. Le top 3 est composé du Royaume-Uni, de l’Italie et de la France. Si on reste sur l’Europe des 27, c’est l’Italie, la France et l’Allemagne qui composent le trio de tête.