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« Transformer le carbone en émotion », Bénédicte Lull, Belull

Longtemps, Bénédicte Lull a évolué loin des ateliers. Formée aux langues, elle a fait carrière dans les vins et spiritueux entre Bordeaux et Paris. Puis la vie familiale l’a conduite vers l’univers d’Epsilon Composite, l’entreprise dirigée par son mari. Là, au contact du matériau et des chutes de production, elle devine un gisement inexploité. De cette intuition naît Belull en 2021, une marque de mobilier où la fibre de carbone n’est pas recyclée, mais surcyclée, travaillée telle quelle, patiemment, pour révéler une esthétique inattendue.

« Transformer le carbone en émotion », Bénédicte Lull, Belull
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« J’ai d’abord vécu dans le monde du commerce », raconte Bénédicte Lull, créatrice de la marque Belull éditrice de mobilier en fibre de carbone surcyclée. Après une carrière dans les vins et spiritueux, elle rejoint Bordeaux et choisit de travailler aux côtés de son mari pour “simplifier l’équilibre familial”. Elle commence par un rôle d’assistanat de direction dans l’entreprise de son époux, Epsilon Composite, une fonction utile, mais peu épanouissante, qui la place pourtant au plus près de la réalité industrielle.

Ce qu’elle découvre alors la frappe. Des profilés carbone sont écartés pour des raisons d’aspect ou de conformité, comptabilisés comme une ressource sans valeur. « Je voyais un gaspillage », dit-elle, tout en précisant la prudence des mots. Dans l’industrie, on ne parle en effet pas de “déchets”, mais de “chutes. Pourtant, le constat est le même, c’est un matériau coûteux, exigeant, spectaculaire, qui se retrouve traité comme quantité négligeable. « On finit par ne compter que la main-d’œuvre, et par oublier la valeur de la matière », constate-t-elle.

C’est là que naît son idée de faire émerger de ce “stock » un objet désirable. Elle y perçoit un “trésor discret” à révéler. Epaulée par son mentor, son  époux Stéphane Lull, « qui m’a encouragée, poussée et soutenue dans cette démarche et qui me soutient toujours », elle se lance alors dans une nouvelle aventure.

L’effet “waouw” comme boussole

Au départ, l’intention n’est pas de révolutionner le design, mais d’écouler intelligemment un surplus. Les profilés sont vendus tels quels, puis Bénédicte Lull commence à les proposer à des artistes pour des installations.

D’abord orientée vers l’architecture, elle constate rapidement que cela peut vite devenir « compliqué d’être compétitif avec des projets finalement exceptionnels. Il faut vraiment des projets XXL pour justifier l’usage du carbone car on ne peut pas rivaliser avec l’acier, le bois, le béton, dans ce domaine. Par ailleurs, il faut souvent des produits certifiés CSTB ». Belull opte donc pour le mobilier, avec le design pour guide.

La marque revendique une ligne claire, pas de recyclage, mais du surcyclage. Autrement dit, on ne broie pas la fibre, on la travaille telle qu’elle est, on l’usine à la main ou par machine 3 ou 5 axes, on la polit, on la vernit, finitions mates ou brillantes, on l’assemble, jusqu’à en extraire une beauté singulière, loin des motifs trop parfaits, jusqu’à révéler une esthétique qui n’était pas l’objectif initial de ces pièces industrielles. Le résultat provoque souvent la surprise.

Sur le plan créatif, Bénédicte Lull cite ses propres pièces. Le miroir reste l’objet qui marche le mieux. Elle a aussi imaginé un porte-serviettes, des portes de placards, ou encore des têtes de lit. Pour structurer une collection, elle choisit de ne pas avancer seule et s’entoure de designers. Avec Emmanuel Gallina, elle crée « un bureau très épuré et très léger » et avec Vincent Boujardieu, « un paravent tout en fibre de carbone ». L’objectif, dit-elle, est de trouver des usages qui mettent en valeur les deux propriétés clés du carbone, légèreté et rigidité.

Reste un point crucial, qu’elle exprime avec lucidité : le composite est mal connu, y compris par de nombreux prescripteurs de la décoration et de l’architecture d’intérieur. Il faut donc convaincre, expliquer, rassurer, « transformer le carbone en émotion ». Son meilleur conseil, donné par des clients, tient en une règle simple, viser d’abord un effet de surprise, un “waouw”, parce que le coup de cœur passe avant tout le reste, de la fabrication locale et française, à la démarche de surcyclage, en passant par la réparabilité. L’esthétique comme seuil d’entrée, la preuve technique ensuite.

Le prochain chantier est déjà entamé et s’organise autour d’un objectif très concret, répondre aux critères de réparabilité d’un écolabel de l’Ademe. Cette exigence pousse aujourd’hui la marque à repenser sa gamme et à passer de pièces jusque-là plutôt monobloc à un mobilier démontable, réparable et plus simple à transporter.

Le défi est aussi technique qu’industriel, car, comme le rappelle Bénédicte Lull, « le composite n’aime pas les jonctions vissées, qui peuvent l’affaiblir ». Il s’agit donc désormais de modifier sans fragiliser, afin que la durabilité devienne une preuve au-delà de l’effet coup de cœur.

Photos : Belull

More information belull.com

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