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JEC Forum Central Europe : l’écosystème des composites au cœur de l’Europe

Pour sa première édition, le JEC Forum Central Europe a réuni à Cracovie, les 17 et 18 septembre 2025, l’ensemble de la chaîne de valeur des composites venus de 23 pays. Chiffres prometteurs, analyse des marchés polonais et d’Europe centrale, et innovations techniques ont rythmé un événement qui ambitionne de s’ancrer durablement dans le calendrier industriel européen.

JEC Forum Central Europe : l’écosystème des composites au cœur de l’Europe
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Le JEC Forum Central Europe (JFCE) est le dernier-né de la série d’événements organisée par JEC Group en Europe et en Asie. Après l’Italie, la région DACH et l’Asie du Sud-Est, c’est la Pologne et ses voisins qui se sont retrouvés à Cracovie pour cette première édition, organisée en partenariat avec Targi w Krakowie, organisateur de foires et de congrès en Pologne. Les chiffres témoignent du dynamisme de cette rencontre : 585 rendez-vous d’affaires, 93 acheteurs accrédités, 979 leads générés, 217 participants issus de 23 pays et 39 entreprises exposantes.

Dès l’ouverture, Anne-Carole Barbarin, directrice des événements régionaux chez JEC, insiste sur l’ambition de l’événement : « Depuis six ans, notre objectif est de créer de réelles opportunités. Nous voulons nous rapprocher des écosystèmes locaux. C’est du sur-mesure. »

Même enthousiasme du côté d’Ewa Woch, présidente de Targi w Krakowie. « Nous croyons que Cracovie peut devenir la Silicon Valley de la Pologne, grâce à ses universités. Avec ce Forum, l’idée est de s’ouvrir à de nouveaux clients européens et internationaux. C’est gagnant-gagnant : JEC s’ouvre à l’Europe centrale et nos entreprises s’ouvrent à de nouveaux marchés », déclare-t-elle.

Les exposants eux-mêmes soulignaient l’importance d’une telle vitrine. Martin Krull, responsable R&D chez Bergolin, confiait : « Nous recherchons des acheteurs potentiels. Nous voulons faire connaître nos solutions composites en Pologne. » Pour d’autres, comme Owens Corning, il s’agissait de renforcer leur présence dans une région jugée « clairement intéressante en termes de compétitivité et de localisation de grands groupes », note Chris Skinner, vice président du marketing stratégique et de la R&D.

« Nous voulions bien entendu rencontrer nos clients actuels et nos distributeurs, comme Milar, présent ici. Mais aussi voir des Tchèques, des Baltes, des concurrents et profiter de la dynamique régionale », précise Etienne Fournier, directeur commercial de Sky Composites. Sur son stand, il présentait notamment des tissus multiaxiaux carbone destinés au kitting pour l’éolien et au renforcement du ciment, tout en annonçant la relocalisation en Hongrie d’une ligne de production taïwanaise.

« La Pologne, c’est un pays important pour nous. Notre premier client était polonais, notre 1er prototype a été fait ici, donc nous avons de très bonnes relations avec ce pays. C’est un marché attractif pour nous et dans lequel nous avons lancé de nombreux projets avec des Tier 1 et 2 automobile et pour des produits finis dans la défense et le maritime. », note pour sa part Mark Ludwig, directeur général chez Infinici.

Des leviers de croissance dans une Europe centrale en mutation

Le marché des composites en Europe centrale attire de plus en plus l’attention des industriels. Selon Philippe Estin (Estin & Co), « cette région représente 1 à 2 % du marché mondial des composites en valeur, soit 200 000 tonnes. 80 % de ce volume provient de la Pologne et de la Tchéquie, avec une répartition de 50 % pour la Pologne et environ 30 % pour la Tchéquie ». Transport, construction et énergie représentent à eux seuls 75 % des débouchés.

La dynamique est réelle, la croissance en volume atteignait 5 % entre 2018 et 2024, soit deux points de plus que la moyenne européenne. « Même si 2025 est une mauvaise année à cause des incertitudes politiques et de la guerre en Ukraine », tempère Estin, « cette région demeure compétitive en coûts par rapport à l’Europe de l’Ouest et du Nord ».

Pour Mathieu Cariou, consultant en stratégie, l’enjeu réside dans la résilience. « Beaucoup d’entreprises dépendent d’un seul client qui représente jusqu’à 80 % de leur chiffre d’affaires. Dès qu’il y a un problème, c’est la catastrophe. Se diversifier est la clé. » Son constat est renforcé par les crises successives, pandémie, blocage du canal de Suez, guerre en Ukraine, flambée énergétique. « Les chaînes d’approvisionnement ont malheureusement été bousculées par les crises successives », constate Mathieu Cariou, pour qui les industriels doivent « transformer la volatilité en avantage et en résilience. ». Pour se faire, il recommande aux entreprises locales ou souhaitant s’implanter en Europe centrale, « de diversifier les clients, d’utiliser l’ESG (facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance) comme levier de différenciation et de miser sur la robotique, l’IA et l’automatisation ».

Les universités et la formation apparaissent également comme des atouts majeurs. « La collaboration avec les institutions est essentielle pour former les acteurs des composites et stimuler l’innovation », estime Philippe Estin tandis que pour Mathieu Cariou « travailler avec les start-ups et les universités est fondamental pour accéder à un niveau supérieur. »

Au niveau sectoriel, les exemples ne manquent pas. La Pologne est déjà le 9e exportateur mondial de super yachts. Elle dispose d’une solide tradition dans le shipbuilding, historiquement tournée vers l’acier, mais qui a glissé vers les composites. « C’est un pays avec de l’expertise, des sous-traitants, des OEM et un vivier de main-d’œuvre qualifiée », souligne Cariou. L’aéronautique et le spatial s’ajoutent à cette dynamique, tout comme le ferroviaire : « Dans les cinq ans, la Pologne développera des infrastructures ferroviaires capables d’accueillir un train plus rapide que le TGV français ! », s’enthousiasme Rafał Matecki, chef de produit régional chez Milar.

Andrzej Czulak, président du cluster polonais des technologies composites (Polish Cluster of Composite Technologies – PKTK) rappelle « l’importance d’accompagner à la fois les implantations étrangères et le développement d’acteurs locaux ». L’écosystème local bénéficie ainsi d’un soutien institutionnel certain. Piotr Placha, Responsable du centre d’exportation, analyste stratégique et conseiller commercial à Agence polonaise pour l’investissement et le commerce (PAIH) rappelle que la Pologne est « la 6e économie européenne, avec des importations et exportations en croissance régulière ». De son côté, Jerzy Kopeć, directeur du département de gouvernance d’entreprise et d’économie pour la région Małopolska insiste sur les investissements en R&D et sur l’implication de sa région dans un projet pilote international sur l’hydrogène.

Les solutions techniques au rendez-vous

Au-delà des rencontres d’affaires, le JEC Forum Central Europe a permis aux exposants, comme aux intervenants des workshops de présenter une large palette de solutions concrètes pour répondre aux besoins de l’industrie des composites.

Bergolin exposait ainsi Bergo LED, une résine de réparation par UV qui permet selon la marque de réduire jusqu’à 90 % les temps de réparation sur la fibre de verre. « Nous sommes connus en Pologne plutôt pour la protection anticorrosion de cylindres pour pétrole, gaz et chimie. Et nous voulons faire connaître notre activité de réparation et nos solutions composites en Pologne », précise Martin Krull, responsable R&D. Conçue pour s’adapter à diverses méthodes (stratifié manuel, infusion, compression sous vide), cette technologie vise aussi bien les marchés industriels que le sport et les loisirs, avec des applications dans le kayak ou le paddle.

Du côté de Smart Fluid, c’est une avancée plus prospective qui a été mise en avant : les « céramiques flexibles », matériaux non newtoniens qui voient leur viscosité augmenter brutalement sous contrainte, absorbant ainsi chocs et vibrations. « Cette technologie a du potentiel pour créer des composites sandwich, des fillers de structure ou protéger des composants électroniques », souligne Łukasz Wierzbicki, directeur technique. Ces céramiques, disponibles en version liquide, gel ou mousse, peuvent être immobilisées pour rester en place et apporter des propriétés spécifiques (antistatiques, antibrouillage). L’entreprise, filiale du groupe Qemetica, cherche désormais des partenaires pour accélérer la commercialisation dans les secteurs de la défense, de l’automobile ou du ferroviaire.

La fabrication additive était également représentée avec Massivit 3D et son imprimante Massivit 10000, dédiée à la production de moules pour composites. Son principe repose sur une double tête, l’une imprime une coque sacrificielle en photopolymère hydrosoluble polymérisé par UV, l’autre injecte un matériau thermodurcissable. Après post-durcissement, la coque se dissout dans l’eau, laissant un moule isotrope prêt à l’emploi. « La région est stratégique pour nous, et cet événement tombe à point », affirme Björn Björnström, territory manager EMEA, qui mise sur un partenariat local avec TR Solution pour renforcer sa présence en Pologne. « Cela s’explique car nous travaillons avec Sika sur la partie matériaux et Sika est distribué par TR Solution en Pologne », nous précise-t-il.

Carlo Riccò & F.lli a dévoilé son système de résine polyester insaturée P472GR, une formulation sans charges minérales spécialement conçue pour la fabrication de moules GFRP résistants aux cycles d’autoclave. « Quand ils regardent un moule en GFRP, les clients veulent de la stabilité », explique Edoardo Serini, commercial. « Stable, rapide à mettre en œuvre (prête à l’emploi en 24 heures avec un simple ajout de catalyseur), cette résine combine faible retrait linéaire, Tg supérieure à 150 °C et compétitivité économique face aux systèmes carbone + époxy », détaille-t-il lors d’un workshop.

La dimension durable était également au cœur des débats. Infinici a exposé, lors d’une conférence dédiée aux matériaux renouvelables et biocomposites, son procédé breveté de recyclage mécanique des fibres de verre et de carbone issues de chutes de production. « Nous travaillons avec des fibres neuves, vierges et pas encore imprégnées de résines. Nous les collectons, les nettoyons, les coupons et produisons de nouveaux textiles pour utiliser en moulage par compression, GMC ou SMC », précise Mark Ludwig. « La très bonne qualité de surface et la rigidité élevée après application de la résine suppriment le besoin de traitement de surface supplémentaire. Nous visons des secteurs comme le sport, les loisirs ou les transports publics, car nos solutions réduisent les émissions de CO2 tout en restant compétitives. Mais cela intéresse également des acteurs de la défense car il y a une recherche de rigidité du matériau et que notre solution est moins chère que du vierge », détaille-t-il .

Avec ces solutions, le Forum a illustré la diversité des réponses aux enjeux actuels : réparation rapide, nouveaux matériaux, fabrication additive, procédés circulaires. Autant de solutions qui confirment que l’Europe centrale, loin d’être seulement un marché émergent, est un terrain fertile pour expérimenter et développer les composites de demain.

More information www.jec-central-europe.events

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