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« Les compétences acquises permettent d’évoluer dans des environnements variés et stimulants », Léa Doubtsof, Polymeris

Léa Doubtsof est chargée de mission Innovation pour la région Auvergne-Rhône-Alpes au sein du pôle de compétitivité français Polymeris, qui vient de célébrer ses 20 ans d’existence. De sa thèse sur le design de matériaux composites à l’échelle nanométrique à son passage en cabinet de conseil en management et financement de l’innovation, elle nous raconte son parcours, toujours guidé par la curiosité pour la matière et ses propriétés.

« Les compétences acquises permettent d’évoluer dans des environnements variés et stimulants », Léa Doubtsof, Polymeris
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Pour accompagner les industriels dans leur démarche d’innovation, il n’existe pas de formation sur mesure. Le parcours de Léa Doubtsof, chargée de mission Innovation au sein du pôle de compétitivité Polymeris, répond pourtant parfaitement à cet objectif. De formation scientifique, elle a expérimenté aussi bien la recherche que la création de start-up ou le conseil en recrutement. Rien ne la prédestinait à s’orienter vers l’ingénierie. Si ce n’est un goût immodéré de la connaissance de la matière et de ses propriétés. « Je n’avais pas d’idée préconçue au départ, j’avais simplement des facilités en chimie. Après un baccalauréat scientifique, j’ai donc poursuivi mes études à l’IUT de chimie d’Orsay. J’avais du mal à identifier ce que pouvait être le métier d’ingénieur. Je voulais initialement travailler dans les cosmétiques mais à la suite d’un stage dans la formulation cosmétique, j’ai trouvé cela beaucoup trop éloigné des phénomènes que j’avais envie de comprendre, à savoir la relation propriétés – structures », raconte-t-elle.

L’expérience de la recherche

Léa Doubtsof poursuit donc par une licence et un master en matériaux pour l’énergie à l’Institut de Chimie de Clermont-Ferrand (ICCF). « Depuis mon enfance, j’ai toujours eu besoin de comprendre les phénomènes physiques et la structure de la matière à différentes échelles. Ce qui me passionnait, c’était d’explorer comment un matériau peut être optimisé, depuis l’échelle atomique jusqu’au visible, pour améliorer ses propriétés et son utilisation dans des applications concrètes. La chimie des matériaux, cela correspondait aussi aux enjeux de l’époque, à savoir le développement des véhicules électriques, les pénuries de pétrole», note-t-elle.

Cette formation lui permet d’acquérir une vision large sur une grande diversité de matériaux – polymères, composites, métalliques – et leurs applications dans des domaines stratégiques comme le stockage de l’énergie, le photovoltaïque et d’autres technologies énergétiques. Elle lui sert aussi de tremplin pour son doctorat, durant lequel elle étudie le design de matériaux avancés à l’échelle nanométrique et les nanotubes de carbone pour améliorer les performances des batteries lithium-ion. « J’avais fait mon stage de master dans un laboratoire qui développait des procédés de fluoration des matériaux massifs (bulk) mais n’avait pas d’expérience à l’échelle nanométrique. J’ai donc pu réaliser ma thèse sur un sujet inexploré et suis partie d’une feuille blanche. En travaillant à l’échelle nanométrique, il devenait possible de contrôler la morphologie et l’organisation des matériaux afin d’améliorer leurs performances en stockage d’énergie. Nous avons développé trois procédés de synthèse pour optimiser la conductivité électronique des matériaux d’électrode, dont un qui permet d’obtenir des structures cœur-coquille sphérique, toujours étudié pour les batteries», décrit-elle.

Léa Doubtsof considère son doctorat comme l’expérience la plus formatrice de sa vie, à la fois d’un point de vue personnel et professionnel. Elle sait pourtant depuis le départ qu’elle ne fera pas de carrière académique. Son diplôme bac + 8 étant peu considéré en France, par rapport à un diplôme d’ingénieur ou en comparaison avec l’international, elle participe donc à des ateliers avec d’autres doctorants pour trouver des voies de valorisation.

 « Après ma thèse, je souhaitais m’orienter vers quelque chose d’applicatif, avec des industriels, en lien avec l’innovation et la R&D tout en sortant du cadre du laboratoire. J’ai donc créé une start-up, Doc’Experts, dans le domaine des ressources humaines. Mon objectif était de connecter les doctorants aux entreprises en valorisant leurs compétences et en développant une offre de services dédiée aux RH et à l’accompagnement des PME dans le montage de contrats CIFRE (une convention industrielle de formation par la recherche permettant en France le recrutement de doctorants par des entreprises) », détaille-t-elle.

Les problématiques industrielles

Dans le cadre de sa start-up, Léa Doubtsof tisse des liens avec le cabinet ABGI de conseil en management et financement de l’innovation, basé à Lyon qu’elle rejoint en tant que consultante. « La force de mon profil est que mes études scientifiques me facilitent les échanges poussés avec mes interlocuteurs, principalement des directeurs financiers, des chefs de projets et des directeurs de recherche, ce qui m’a permis d’acquérir une vision stratégique des besoins et des défis technologiques à surmonter dans divers secteurs d’activités. Mon doctorat me permet de résoudre des problèmes complexes pour lesquels la solution n’est pas évidente alors qu’un ingénieur recherchera plutôt une solution déjà existante. Dans le cadre de cette mission, j’ai accompagné des grands groupes industriels et des PME dans des secteurs variés : automobile, métallurgie, énergie, oil & gas et bâtiment », détaille-t-elle. L’entrepreneuriat et le conseil lui révèlent son goût pour les relations partenariales, la stratégie et la vision à long terme, ainsi que la structuration de consortiums pour relever des défis technologiques. Autant d’expériences sur son CV qui lui permettent d’être engagée au sein du pôle de compétitivité Polymeris, en tant que chargée de mission Innovation en Région Auvergne-Rhône-Alpes (France).

« Mon rôle consiste à accompagner les industriels dans leur démarche d’innovation, à les aider à monter des projets collaboratifs et à identifier les financements adaptés. Je suis également impliquée dans l’animation du réseau à Clermont-Ferrand, ainsi que dans l’organisation de webinaires, clubs et événements, comme le colloque Recyclage prévu début 2026 », précise-t-elle. « Chez Polymeris, la relation “partenariale” est celle que je préfère, qui fait naître des projets collaboratifs et d’innovation. Je travaille notamment sur des projets européens, tels que Cradle Alp et Solstice, où je fais profiter nos adhérents des opportunités offertes par ces projets, notamment en matière de financements et de tests de démonstrateurs », poursuit-elle.

Un regard féminin

Bien qu’elle n’ait pas travaillé directement en industrie, Léa Doubtsof connaît bien cet environnement souvent perçu comme très masculin. Elle en a pourtant toujours apprécié la dynamique de travail, la rigueur et les défis techniques. Bien qu’il faille parfois faire davantage ses preuves en tant que femme, elle constate que l’expertise et la valeur ajoutée priment sur le genre lorsque l’on est bien préparé et à l’écoute des enjeux spécifiques du secteur. Elle conseille à toute jeune fille intéressée par l’ingénierie de foncer sans hésitation. « Il est important d’avoir confiance en soi, de cultiver sa passion pour la résolution de problèmes et d’oser prendre sa place, même dans un environnement parfois majoritairement masculin. Une formation technique d’ingénieur ne se limite pas à un seul secteur : elle enseigne avant tout une méthode de réflexion et de résolution de problèmes qui peut être appliquée dans de nombreux métiers, bien au-delà de l’industrie. Que ce soit dans la technologie, la gestion de projets, l’innovation ou même le conseil, les compétences acquises permettent d’évoluer dans des environnements variés et stimulants », se réjouit-elle.

Léa Doubtsof recommande également de s’entourer de mentors, comme pour elle Florent Talandier, directeur conseil chez ABGI, de chercher des opportunités d’apprentissage et ne pas hésiter à poser des questions. « Les femmes ont toute leur place dans l’ingénierie, et leur vision apporte une richesse essentielle à ce secteur en constante évolution », conclut-elle.

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